L’EMPLOYABILITÉ NUIT-ELLE AUX SYNDICATS ? UNE ANALYSE EMPIRIQUE DES RELATIONS ENTRE L’EMPLOYABILITÉ PERÇUE ET LES COMPORTEMENTS DE PRISE DE PAROLE

Auteurs

  • Rémi BouRguignon
  • Florent noël
  • géraldine Schmidt

Mots-clés:

Employabilité perçue, “exit-voiceloyalty, , prise de parole directe

Résumé

Le concept d’employabilité fait débat. Non seulement, il pose le problème du partage des responsabilités entre employeurs et salariés au sujet des trajectoires professionnelles, mais surtout, un courant
de recherche émergent tend à examiner les effets du
développement de l’employabilité perçue sur le
comportement des salariés à l’égard des organisations syndicales. Dans la continuité du modèle ExitVoice-Loyalty développé par Hirschman, cet article
contribue à ce courant qui reste encore peu exploré
empiriquement. La littérature existante hésite encore sur le sens à donner à la relation entre employabilité et prise de parole, notamment par l’intermédiaire des organisations syndicales : l’employabilité
peut certes diminuer les coûts associés à une décision de démission et ainsi diminuer la nécessité de
prendre la parole ; mais, inversement, en facilitant
un hypothétique reclassement, l’employabilité peut
être conçue comme une ressource que le salarié peut
mobiliser dans un rapport de force, en ce sens qu’elle diminue le coût ou la probabilité de représailles
associées à l’expression d’une insatisfaction, et ceci
tout particulièrement lorsque le climat des relations
professionnelles est positif. Pour aller plus loin,
nous introduisons une distinction, d’une part, entre
employabilité interne et externe et, d’autre part,
entre prise de parole “directe” et “représentative”,
c’est-à-dire par l’intermédiaire des représentants du
personnel. Nous testons nos hypothèses grâce aux
réponses à un questionnaire adressé à l’ensemble
des salariés d’une grande banque de réseau française. Nos résultats montrent que l’employabilité
interne favorise la prise de parole directement
auprès du management, alors que l’employabilité
externe semble n’avoir aucun effet sur aucune
forme de prise de parole, sauf lorsque que le climat
des relations professionnelles est coopératif. Cela
confirme la nécessité de différencier la dimension
interne de la dimension externe de l’employabilité. Enfin, nos résultats ne permettent pas de conclure que le développement de l’employabilité se fait
au détriment des organisations syndicales : ce n’est
pas nécessairement par l’instauration d’un pouvoir
collectif de négociation et d’opposition que les syndicats peuvent contribuer à l’amélioration de la
position des salariés, mais plutôt en créant les
conditions d’une relation coopérative avec la ligne
managériale.

Publiée

2016-01-12

Numéro

Rubrique

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