SCRIPTOLOGIE. L’ART D’ÉDOUARD LOUIS (RE)VU
Mots-clés:
Édouard Louis, « scriptologie », l’art de l’écriture, « négation de la négation », Slavoj Zizek, Jacques LacanRésumé
Le « Je » de l’auteur des études sur les organisations et les entreprises a été accusé d’être trop rationnel, excessivement aveugle au sort des pauvres marginalisés, trop égocentrique, confortable et opportuniste. Il y a là un problème de choix de centre d’intérêt, de thèmes et de pragmatisme. Il y a également un problème lié au processus d’écriture lui-même, c’est-à-dire à la langue, au style, et au texte. On a beaucoup écrit sur l’écrit, mais très peu sur la «scriptologie» ou le processus d’écriture (Rhodes, 2019). En tant que lecteurs, nous sommes confrontés à des textes stériles, clichés et forcés, mais aussi à des textes évocateurs, crédibles et authentiques. Cet article explore l’art de la scriptologie. Il prend pour exemple les textes d’Édouard Louis sur la vie des personnes économiquement et socialement défavorisées. Si l’écriture ou la scriptologie est convaincante, authentique et puissante, a-t-elle réussi ? Je me servirai de la critique de Lacan/Zizek sur la relation entre le langage (symbolisation) et l’émancipation, comme une stratégie pour explorer la réussite de Louis. La négation par Louis du piège de la pauvreté de la « ceinture de rouille » (française) est profondément émouvante et authentique. Mais la « négation de la négation » est-elle nécessaire pour que quelque chose change ? Et qu’est-ce que cela implique pour l’écriture ? L’écriture ou la scriptologie est un aspect essentiel de « l’art de faire de la recherche » qui, jusqu’à présent, n’a pas été suffisamment exploré ; cet article se veut un pas dans cette direction indispensable.