LA PLURALITE DES MODES D’ARGUMENTATION DU DISCOURS BIOETHIQUE : ENTRE PRAGMATISME ET RECHERCHE D’OBJECTIVITE DU JUGEMENT
DOI:
https://doi.org/10.54695/jib.21.02.3314Resumen
Le discours bioéthique a pour visée de dépasser, par une rhétorique de
l’intersubjectivité, la tension entre rhétorique subjective et objective de la
justification morale. Nous verrons qu’Habermas a lui-même tenté de
dépasser cette tension en donnant une place centrale à l’accord
intersubjectif dans la délibération rationnelle et négociée. Pourtant,
l’école de Francfort, à laquelle il a appartenu, doutait que l’idée de
validité de la connaissance humaine soit réservée à des propositions
empiriquement vérifiables et donc à la rhétorique objectiviste, car le
positivisme défaisait, paradoxalement, les liens de la discussion
rationnelle, en laissant ouvert le champ à l’irrationalité. Nous poserons
l’hypothèse selon laquelle la minimisation du rôle des structures sociales
dans le débat bioéthique principiste contraint nos modes de pensée à une
objectivité factice, car issue de prémisses partielles menant à de fausses
inférences liées à la tension entre intention et normes. Un modèle fondé
sur l’articulation réflexive de l’intuition morale et des normes nous
semble mener à l’éthique narrative que nous défendrons ici. Notre
réflexion vise à mettre en perspective les écueils de l’universalisme et du
relativisme dans la rhétorique bioéthique.