Sous les déchets, la plage ! Enquête sur les origines industrielles de l’opération « Vacances propres » (France, années 1970)
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https://doi.org/10.54695/eh.121.0086Mots-clés:
tourisme, déchets, emballages, France, environnement, plage, années 1970Résumé
Cet article retrace la genèse de l’opération « Vacances Propres », lancée en juillet 1971 par Progrès et Environnement, un consortium d’industriels de l’emballage, de l’alimentation et de la boisson, fondé six mois auparavant par Antoine Riboud. Alors qu’ils ont oeuvré à la promotion du conditionnement à usage unique après la Seconde Guerre mondiale et, partant, à celle des déchets d’emballage, ces acteurs deviennent les artisans d’une campagne estivale luttant contre le litter à la plage (c’est-à-dire contre les détritus qui la jonchent). Comment comprendre cette attitude paradoxale ? À la lumière d’archives patronales, l’article sonde la tension sous-jacente entre « bien public » revendiqué et intérêts privés bien compris. « Vacances Propres » ne se comprend en fait que comme une contre-offensive industrielle élaborée aux prises immédiates avec un double péril : le discrédit des déchets d’emballage et l’imminence de leur inscription à l’agenda politique. Pour le patronat hostile à une réduction à la source du conditionnement à usage unique, la création de l’association Progrès et Environnement participe in extremis d’une dépolitisation du débat, qu’ils confinent au terrain du litter, attribué à l’incivilité individuelle et non au système économique organisant la (sur)production de déchets. Sur fond de massification du tourisme estival, l’opération « Vacances Propres » véhicule ainsi, de plage en plage, une pédagogie du « geste propre » auprès des vacanciers. En orchestrant la vente aux communes de sacs poubelle en polyéthylène, elle réhabilite au passage le plastique, requalifié en allié de la propreté balnéaire.