« Tout le monde déteste La Pallice » : effet et impact environnemental d’une grande installation portuaire sur un territoire littoral
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https://doi.org/10.54695/eh.121.0062Mots-clés:
Port, La Rochelle, La Pallice, RSE, RTE, conscience écologique, mégabassinesRésumé
Cet article retrace l’évolution historique du port de La Rochelle-La Pallice et de son hinterland agricole, depuis la modernisation d’après-guerre jusqu’aux conflits écologiques contemporains. L’été 2024 est marqué par une mobilisation du collectif « Bassines non merci » à La Rochelle. Il révèle la persistance de tensions entre développement portuaire, agriculture intensive et gestion de l’eau. Ces contestations mettent en lumière le rôle structurant du port dans la spécialisation céréalière du territoire et la dépendance de l’agro-industrie à des pratiques jugées non durables. L’analyse s’appuie sur un corpus d’archives (1945-1975) et de littérature scientifique, complété par une observation participante. La démarche met en relation l’évolution matérielle du port, les récits qui ont légitimé sa croissance et la façon dont ces récits sont aujourd’hui remis en cause. Entre 1945 et 1975, un récit modernisateur domine : soutenu par le plan Marshall et la « révolution verte », il associe productivisme agricole, remembrement et exportation massive de céréales. Le Comité d’Action du Grand Port de La Pallice, créé en 1948, joue un rôle central dans ce récit. Par ses rapports économiques et ses liens avec le Commissariat au Plan, il promeut l’idée d’un port au service du redressement agricole national. Les aménagements successifs – silos à grains, extension du môle et appontement pétrolier – concrétisent cette vision d’un port céréalier stratégique, symbole du progrès technique et de la prospérité régionale. À partir des années 1980, ce modèle entre en crise. L’essor du maïs irrigué, la multiplication des forages et la raréfaction des nappes provoquent une prise de conscience écologique. Les sécheresses de 1976 et 1989, puis les luttes pour la préservation des rivières amorcent la contestation d’un système accusé d’accaparer la ressource en eau. Dans les années 2000, le port et les coopératives agricoles adoptent un discours de responsabilité sociétale (RSE), visant à concilier compétitivité et durabilité. Les chartes de développement durable, les certifications ISO et les partenariats territoriaux montrent une volonté d’exemplarité. Cependant ce récit de transition prolonge les logiques productivistes sans les remettre en cause. Les conflits autour des « mégabassines », perçues comme la continuation de l’agro-industrie d’exportation, illustrent les limites de cette approche et la montée d’une opposition structurée, notamment après Sainte-Soline (2023). Aujourd’hui, un nouveau récit émerge, porté par la société civile et certains acteur.rice.s publics : celui des communs territoriaux. Cette perspective propose une gouvernance polycentrée intégrant les humain.e.s et les non-humain.e.s, centrée sur la gestion collective de ressources comme l’eau. Le glissement conceptuel de la RSE vers la Responsabilité Territoriale des Entreprises (RTE) traduit cette recherche d’un modèle plus résilient et coopératif. Ainsi, l’histoire du port de La Pallice illustre comment les récits économiques et politiques façonnent durablement les territoires. La réinterprétation de ces récits à l’ère contemporaine ouvre la voie à un nouvel ordre social et écologique.