LE « STEAK DE PÉTROLE » CONTRE LA FAIM DANS LE MONDE ? L’AFFAIRE DES PROTÉINES BP (1957-1976)

Auteurs

  • Fabien BARTOLOTTI ATER en histoire contemporaine - Aix-Marseille Université - UMR TELEMME

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https://doi.org/10.3917/eh.117.0068

Mots-clés:

économie pétrolière, écologie politique, nourriture industrielle, aide humanitaire, productivisme agricole

Résumé

Au tournant des années 1960-1970, dans un contexte d’émergence de l’écologie politique qui critique le productivisme, remet en cause le tout-pétrole et promeut un autre modèle de crois-sance, l’entreprise BP, en association avec des scientifiques français, se lance dans la production de protéines à partir d’hydrocarbures. Ce projet, qui répond d’abord à des objectifs techniques et économiques – déparaffinage, diversification des débouchés, réponse aux premières secousses sur les marchés pétroliers –, est présenté par l’entreprise comme un moyen de résoudre le problème de la « faim dans le monde ». Il entre alors en résonance avec les enjeux humanitaires portés par les agences des Nations unies qui font l’objet d’une médiatisation croissante depuis la famine du Biafra. C’est à Lavéra, près de Marseille, que l’une des premières usines de protéines BP est mise en service en 1972. La production s’arrête brutalement quatre ans plus tard, en raison du renchérissement des cours de l’or noir après la crise de 1973, mais aussi à cause des nombreuses critiques écologistes qui ont érigé « le steak de pétrole » en symbole de la « malbouffe » et de la démesure des « Trente Glorieuses ». En interrogeant le rôle des logiques activistes dans la naissance et la disparition de la filière, cet article retrace deux décennies d’une aventure indus-trielle où se mêlent quête de profits, expertise scientifique et construction d’une image de marque fondée sur la responsabilité sociale de l’entreprise.

Publiée

2025-03-30

Numéro

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