LE CHAPELET ET LE FRANC : LES ÉTABLISSEMENTS YACOUBA SYLLA EN CÔTE D’IVOIRE OU L’INTRICATION DU RELIGIEUX ET DU BUSINESS (1935-1988)
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https://doi.org/10.54695/eh.118.0044Mots-clés:
Côte d’Ivoire, Yacouba Sylla, entreprise, religion, hamallismeRésumé
Cet article explore le lien entre religion et business au travers des Établissements Yacouba Sylla en Côte d’Ivoire. Yacouba Sylla, sa figure éponyme, a eu un parcours atypique en transition entre les époques coloniale et postcoloniale. Adepte d’un mouvement religieux, le hamallisme, adversaire de l’administration française à Nioro, son sol natal, déporté par voie de conséquence en Côte d’Ivoire, le voilà qui devient, quelques années plus tard, un homme d’affaires à succès dans son pays d’accueil. Une telle trajectoire n’a été possible qu’au prix de la mobilisation par Yacouba Sylla de trois ressources : une voie d’accommodation avec l’expérience coloniale qui permet de prospérer à son ombre, un processus d’homogénéisation culturelle, linguistique et religieuse facilitant la mobilisation de la main-d’œuvre, le travail étant ainsi conçu comme un acte d’adoration de Dieu et sa propre auréole de martyr de la colonisation, dont le souvenir devient le facteur de sédimentation d’une communauté religieuse qui se construit en terre étrangère. Les modalités de l’intrication entre business et religion sont ainsi rassemblées. Leur analyse informe la singularité du destin de Yacouba Sylla, sans doute unique, dans les annales de l’histoire des déportés politiques en Côte d’Ivoire, voire en Afrique de l’Ouest francophone en contexte colonial.