La France, phénix minier des années 1950-1960
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https://doi.org/10.54695/eh.120.0056Résumé
En 1937, l’ingénieur des Mines Fernand Blondel s’inquiète de la médiocrité de la production minière française, tout en établissant les contours d’une véritable politique minière. Son propos n’a, à l’époque, que peu d’échos, mais la Seconde Guerre mondiale crée les conditions d’une rupture au niveau des industries extractives nationales. La France apparaît comme un vieux pays minier dont la plus grande partie de la production provient des mines de fer et des houillères. C’est dans ce contexte morose, et même inquiétant au moment d’envisager la reconstruction du pays, que se dessinent les premières réflexions qui vont aboutir aux bouleversements décisifs des années 1950. Afin d’atteindre ou recouvrer son indépendance pour certaines substances minérales stratégiques, un effort important est mené au sein des organismes de formation, que ce soit à l’École des Mines de Paris ou à celle de Nancy. À quelques mètres de celle-ci, l’École Nationale Supérieure de Géologie de Nancy impose son modèle d’ingénieur-géologue. En parallèle, des services de prospection sont réorganisés (BRGG, puis BRGGM et enfin BRGM) ou constitués (DREM pour la recherche de matières radioactives). Au début des années 1950, le sous-sol français reste paradoxalement beaucoup moins bien connu que celui des autres pays développés. Longtemps négligés, les minerais métalliques deviennent une priorité nationale, à un moment où l’intérêt industriel de certains est confirmé, aboutissant aussi à une redéfinition du cadre législatif et administratif qui doit accompagner le relèvement minier. Il en découle une refonte importante des conditions de valorisation du sous-sol français, la plus ambitieuse depuis la promulgation de la loi de 1810. Un Code minier est adopté en 1956, en parallèle des efforts de prospection et de mise en valeur du sous-sol. Au cours des années suivantes, de nouvelles substances minérales deviennent concessibles. Sans devenir un acteur important dans le domaine de l’extraction de minerais métalliques, la France n’en a pas moins été apte à se suffire à elle-même pour couvrir certains besoins. Les évolutions juridiques et administratives retenues en 1956 ont été suffisamment pertinentes pour faire de la France un acteur du monde minier non négligeable, souvent cité en modèle… jusqu’au début des années 1980, période à partir de laquelle les fermetures s’enchaînent. Mais face à un environnement géopolitique complexe et menaçant, aux nécessités de mener la transition énergétique et la décarbonation de notre société, plusieurs projets miniers ont été engagés récemment, en s’appuyant souvent sur les ressources découvertes après 1950 (scheelite, fluorine et or en particulier). Nous comparons le contexte juridique et administratif des années 1950 avec celui d’aujourd’hui pour comprendre les difficultés à relancer une industrie extractive ambitieuse, acteur essentiel et stratégique de la préservation ou de la création d’activités industrielles critiques à l’échelle européenne.