EDITORIAL
Résumé
Ce numéro spécial sur « le pouvoir et la stratégie des acteurs de la gouvernance de l’information » illustre particulièrement bien la ligne éditoriale de la revue Communication et Management. Centré sur des phénomènes communicationnels, il en analyse la nature, les antécédents et les implications organisationnels. De ce fait, il investigue en profondeur les dynamiques organisationnelles des multiples formes de communication dans les organisations. La communication avec les parties prenantes joue un rôle fondamental dans la gouvernance des systèmes organisationnels. Pour rappel la notion de partie prenante est une traduction imparfaite de stakeholder qui signifie un détenteur (holder) ayant un enjeu (stake). La théorie des parties prenantes ou des stakeholders aborde les relations entre groupes d’individus, ou encore entre commanditaires et prestataires. 3En cela, la communication permet de trouver des arrangements consensuels, de mettre en place l’apprentissage social, de gérer et résoudre des problèmes, qui sont la base de la compréhension mutuelle et des accords sociaux permettant une certaine autonomie basée sur la coopération. En général, les acteurs font appel à leur intuition, qui avec leur sens de l’observation analysent les tensions et la coopération en temps réel. Dans de nombreux cas de communication, des contrats émergent encourageant une coopération pérenne car sans communication volontaire, il y a peu de chance que de bons contrats soient signés. Aussi le droit est souvent nécessaire pour maintenir une coopération à long terme surtout en présence de conflits sociétaux complexes. La coopération volontaire diminue les risques d’opportunité et les coûts de transaction. En conséquence, un équilibre est nécessaire entre les négociations parfois âpres et la coopération débouchant parfois sur la cogestion. La communication peut donc améliorer la coopération à l’aide d’incitations et de mécanismes. En parallèle, elle peut faciliter la transmission et l’échange d’informations permettant la durabilité dans les relations, l’élaboration de meilleures stratégies; faciliter la cohésion de groupe, en instaurant l’éthique au sein d’un groupe d’acteurs et concourir à l’instauration de la confiance. Ces éléments permettent aux membres d’un groupe d’élaborer des propositions crédibles, et la mise en place de cycles de coopération constructive. Dans les situations où la gouvernance fonctionne bien, la plupart des acteurs acceptent les contrats sociaux. Ils ont tendance à les intérioriser ce qui favorise l’autorégulation. D’une manière générale, ces éléments n’ont pas été suffisamment pris en compte notamment celui de l’intérêt des acteurs sur le plan communicationnel, la prise de décision et la motivation. La communication est donc essentielle dans l’organisation notamment dans le cas de la gestion des ressources organisationnelles numériques, la gouvernance de l’entreprise et la fourniture de biens publics. En cela des agents publics intéressés peuvent concevoir des procédures de prise de décision de groupe, des accords et des mécanismes d’application pour gérer des biens publics dans le cadre de marchés publics, la mise en place et la gestion des systèmes de ressources. En se basant sur la théorie du choix rationnel humaniste, plusieurs questions se posent : (1) qu’est-ce qui motive les individus à s’autogouverner d’une manière coopérative, et à accepter de résoudre des problèmes de manière positive ? (2) De quelle façon la communication peut-elle améliorer la coopération notamment au sein de la gouvernance ? (3) Comment les groupes d’acteurs font-ils pour faire respecter leurs contrats, garantir leurs engagements à long terme envers des accords de groupe, sans mettre en cause la coopération volontaire ? Ce numéro spécial co-dirigé par Dominique MAUREL (professeure agrégée à l’École de Bibliothéconomie et Sciences de l’Information, Université de Montréal), Natasha ZWARICH (professeur au département d’Histoire de l’Université du Québec à Montréal) et Lise VERLAET (maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3) produit des connaissances nouvelles sur les stratégies des acteurs de la gouvernance de l’information en particulier, en présentant une richesse de contextes organisationnels. On y analyse les dynamiques informationnelles dans un groupe industriel, dans une entreprise médiatique mais également dans des organisations publiques en France et en Suisse. On y propose également des outils d’évaluation de la gouvernance de l’information. Ce numéro spécial analyse donc finement les enjeux multiples de la gouvernance de l’information. Ce numéro spécial illustre particulièrement bien l’attachement de la revue Communication et Management à produire des connaissances scientifiques nouvelles en mobilisant des données empiriques riches et rigoureuses.