Le crack à Paris : une dimension méconnue de la « mondialisation par le bas »
Résumé
Depuis une cinquantaine d’années, le modoumodou - contraction de Mohamed et Mamadou, qui désigne familièrement un vendeur ambulant
dans la langue wolof - est devenu une figure quasi coutumière du pavé parisien, des quartiers touristiques aux zones les plus défavorisées.
Colporteur de bijoux, d’objets d’art africains ou de bibelots pour vacanciers, mais aussi de substances psychotropes illicites, le modou, contrairement aux apparences, n’est pas un pauvre hère isolé, une sorte de luftmensch condamné à l’errance. Le modou est un sujet inscrit dans un monde très particulier.
Celui irrigué de réseaux communautaires transnationaux, de filières commerciales spécialisées dans l’import-export de marchandises licites et
illicites, de flux financiers légaux ou illégaux où se tisse jour après jour l’écheveau d’une « mondialisation par le bas 2 ». Une mondialisation, « culturelle, et pas seulement économique », oeuvrant « en dessous des États, dans leurs failles, leurs carences », dont les « acteurs sont inattendus - «fourmis» du
négoce international, qui tissent la toile de réseau innombrables, «notables informels» maghrébins ou sénégalais, mafieux, etc. 3 » L’économie du crack qui s’est développée à partir des années 1990 dans la région parisienne en constitue un des aspects. Un phénomène qui dure depuis une trentaine d’années
caractérisé par sa grande stabilité et qui voit des filières de migrants originaires du Sénégal avoir acquis progressivement une sorte de monopole de l’offre sur un segment, certes marginal, du marché des drogues français. Une réalité qui vient démentir la vision dominante d’un trafic peu structuré, animé par des hommes seuls presque aussi désaffiliés que leurs clients.