Les compagnies pétrolières et l’essor du marché de la dépollution maritime en France (années 1950-1980)
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https://doi.org/10.54695/eh.121.0033Mots-clés:
compagnie pétrolière, pollution, environnement, écologie, risque, années 1950, années 1980Résumé
À partir des années 1950, les pollutions pétrolières connaissent une recrudescence dans les espaces maritimes de l’Europe occidentale en raison de la littoralisation des unités de raffinage, de la multiplication des opérations de déballastage à proximité des côtes et de l’augmentation des capacités de transport des tankers, faisant planer le spectre de marées noires dévastatrices en cas d’incident de chargement ou de naufrage. D’abord ciblée par les pêcheurs, dont le métier pâtit directement de la raréfaction des stocks halieutiques, l’industrie pétrolière est bientôt accusée par des groupes écologistes et des ONG de contribuer à la dégradation des écosystèmes marins et à l’aggravation des risques technologiques sur les littoraux. En même temps, certaines firmes du secteur ouvrent la voie à une économie de la dépollution : de la fabrication de produits chimiques destinés à disperser les nappes d’hydrocarbures à la création de filiales spécialisées dans les équipements de récupération (barrages flottants, écrémeurs de surface), la mise sur le marché de tels dispositifs permet à ces entreprises de diversifier leurs activités. Elles se présentent ainsi comme les acteurs majeurs de la mise en oeuvre des réglementations environnementales ou des plans de prévention des risques, à l’instar du plan POLMAR en France au début des années 1970. Mais l’image de marque des pétroliers, oscillant entre pollueurs et réparateurs des dommages écosystémiques, reste sujette à controverses, a fortiori lorsque les études scientifiques pointent, à leur tour, l’inefficacité, voire la toxicité des produits dispersants d’hydrocarbures. Dans le sillage des travaux visant à historiciser le green business et les dynamiques de RSE, cet article étudie la plasticité des grandes sociétés capitalistes, capables de tirer parti de la critique écologiste et des contraintes environnementales pour construire une branche d’activité lucrative. En s’appuyant sur le cas des littoraux français de l’Atlantique et de la Méditerranée, documenté par les dossiers du ministère de la Marine, ainsi que sur les archives des sociétés impliquées dans la lutte anti-pollution, le propos analyse la naissance d’un marché où se déploient de nouvelles interactions entre entreprises polluantes et autorités chargées de la régulation environnementale.