NUCLÉAIRE ET « TRANSITION ÉNERGÉTIQUE » : UNE HISTOIRE TECHNOPOLITIQUE

Auteurs

  • Olivier BARD Délégué général du Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (GIFEN)
  • Jean-Baptiste FRESSOZ Historien, chargé de recherche au CNRS, Centre de Recherches Historiques (CRH), CNRS-EHESS
  • Raphaël SCHELLENBERGER Député du Haut-Rhin, ancien Président de la Commission d’enquête visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France

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https://doi.org/10.3917/eh.114.0161

Résumé

Près de cinquante ans après le « plan Messmer » (mars 1974), la France s’est engagée en 2022-2023 dans une relance de son industrie électronucléaire, à travers la planification de la construction de trois paires de réacteurs EPR2, mais aussi des investissements conséquents dans le développement de technologies plus exploratoires comme les Small Modular Reactors (SMR) et les Advanced Modular Reactors (AMR). Si les crises successives (sanitaires, géopolitiques, énergétiques…) ont joué un rôle majeur, c’est surtout la montée en puissance de l’urgence climatique, traduite par les pouvoirs publics dans la nécessité d’une « transition énergétique », qui est présentée comme justifiant un recours accru à l’énergie nucléaire. Mais quel rôle l’énergie nucléaire est-elle en mesure de jouer dans les différents scénarios de « transition » envisagés ? Les conditions d’un déploiement massif de nouvelles infrastructures nucléaires sont-elles réunies ? L’idée même de « transition énergétique » est-elle une hypothèse réaliste ? Ces questions invitent à revenir sur les liens qu’entretiennent l’idée de transition énergétique et l’histoire du nucléaire civil, et sur une histoire qui embrasse et associe des dimensions et des acteurs tout autant scientifiques, techniques que politiques. Pour éclairer les choix (ou les non-choix) relatifs au nucléaire et à la transition énergétique, il était nécessaire de faire dialoguer les mondes académique, industriel et politique, ici représentés par Jean-Baptiste Fressoz, Olivier Bard et Raphaël Schellenberger. Trois grands thèmes sont abordés dans ce débat : (1) la généalogie de l’idée de transition énergétique, son sens et sa déclinaison dans les mondes industriel et politique ; (2) les échos (et différences) entre la situation en 2023-2024 et celle, incontournable pour le nucléaire français, de la période précédant le lancement du plan Messmer en 1973-1974 ; (3) les modalités de « gouvernement du long terme » et les formes possibles de couplage entre technique et politique appelées à la fois par les projets de relance du nucléaire et de « transition énergétique ».

Publiée

2024-07-30

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