La musicologie, interrogation humaniste
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https://doi.org/10.54695/mu.19.01-03.1989Résumé
À la question : « qu’est-ce que cela veut dire ? », qu’aurait sûrement aimé poser
Jacques Chailley, ce n’est pas à lui, hélas, que je vais répondre. Je ne suis ici que
pour lui rendre un hommage de reconnaissance affectueuse. Quant à ce choix
d’intitulé, employé avec modestie, je voudrais simplement qu’il éclaire un peu la
personnalité du maître estimé et de l’ami qu’il fut pour moi. Pour en justifier
quelques aspects je souhaiterais rappeler d’abord que la musicologie est, pour lui,
interrogation d’un humaniste. Sa culture se fonde sur l’assimilation des humanités gréco-latines et classiques.
De cette formation est née l’orientation vers la musicologie qui entraîne ses
premières recherches. Quand, ses études musicales déjà bien avancées, il aborde
l’université, il teste plusieurs amphis et opte pour celui de Gustave Cohen (1932).
C’est avec lui qu’est menée l’étude du Miracle de Théophile de Rutebeuf qu’en
1933 un groupe d’étudiants décide de monter sur scène. « Nos amphi ne sont pas
faits pour la dissection des cadavres », disait Gustave Cohen, « mais pour la
résurrection des morts ». C’est ainsi que se crée le groupe des Théophiliens dans
l’enthousiasme de Jacques Chailley qui est chargé du revêtement musical. Maurice
Emmanuel, qui avait décliné l’offre, invite Jacques Chailley (« Pourquoi ne le feriez
vous pas vous même ? ») à entreprendre, dans une élaboration délicate, cette
« expérience intime de l’écriture monodique, ne tirant ses règles que d’elle-même et
non d’une harmonie sous jacente ». On touche du doigt, ou plus exactement de
l’oreille, au seuil de cette carrière, l’imbrication de la nature du musicien et du
musicologue. Il découvre, sans l’aide de Büsser, qui pourtant l’avait accueilli dans
sa classe du Conservatoire, la richesse des contrepoints médiévaux et intègre au
spectacle un organum de Pérotin et un motet triple.