Jeux de Claude Debussy : le présent paradoxal d’une « étude de mouvement
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https://doi.org/10.54695/mu.17.02.1957Résumé
Dernière partition orchestrale achevée de Debussy1
, le « poème dansé » Jeux2
est
accueilli avec une certaine indifférence par le public et la critique, alors que quinze
jours plus tard la création du Sacre du printemps déclenche l’onde de choc que l’on
sait. Après ces débuts laborieux, le ballet sombre dans une certaine indifférence, et
même si la musique de Debussy survit, programmateurs et chefs d’orchestres lui
préfèrent des œuvres plus faciles d’accès comme La Mer ou les Nocturnes. C’est
pourtant Jeux qui nourrit les questionnements bouillonnants de compositeurs
comme Pierre Boulez ou Karlheinz Stockhausen, après la seconde guerre mondiale.
La surprenante modernité d’un temps musical dont la souplesse n’a d’égale que la
précision avec laquelle l’écriture sculpte une matière vibrante, est érigée en
exemple à une époque où l’avant-garde ne parvient pas à résoudre de manière
durable les crises qui la secouent. Les pages qui suivent ont pour ambition
d’interroger la texture et le temps debussyste, en mettant à jour un certain nombre
de rouages qui contribueront à éclairer le fonctionnement d’une forme aussi
insaisissable que celle de Jeux. Nous tenterons de cerner de quelle manière le
concept de mouvement, au centre de l’argument et de la chorégraphie nijinskienne,
est élaboré musicalement par Debussy. Nous essaierons également de saisir, à plus
grande échelle, de quelle manière le compositeur parvient à tisser un réseau de
relations où s’entrecroisent les deux principes apparemment antagonistes du
montage et de l’« organicité » du flux. Enfin nous réfléchirons sur les implications
esthétiques d’une telle partition, en interrogeant les rapports entre l’argument e