Cinéma et peinture. L’exemple de Liu Xiaodong
Résumé
La réalisation du barrage des Trois Gorges
cristallise l’effort d’une nation toute entière à
surmonter ses difficultés par une culture du sacrifice. Cette culture est au cœur du projet communiste. Elle est un symptôme de la nature
profondément dictatoriale du régime. Dans
cette perspective, l’histoire – y compris l’histoire de l’art telle qu’elle est enseignée en Chine
– se borne à l’évocation d’une mémoire définie
en fonction de ce qui est censé avoir été. Dans
cette perspective, le pas ne peut manquer d’être
franchi entre la légendification de certains
temps privilégiés de la mémoire et leur fixation
dans un sacré de non transgression1
. Avec ses
oublis, ses rejets et ses lacunes, avec ses fidélités et ses dévotions, émerge, au bénéfice d’une
mémoire se voulant sélective, le mythe d’une
entité – la Chine – pérenne dans son unité, majestueuse, pure, protégée de la dégradation du
temps ; Icarie bienheureuse ceinte de ses remparts (la montagne, les déserts…) qui en ferment un horizon d’autant plus visible qu’il nous
paraît lointain et intangible.