La revanche de la chair
Résumé
AU COUrS DeS AnnÉeS 1990, autour de la naissance, autour de la mort, de nouvelles pratiques ont vu le jour sans que ceux qui les ont introduites se soient véritablement donné le mot. Après avoir, dix ans plus tôt, exhorté les pères à couper le cordon ombilical de leur nouveau-né et à leur donner les premiers soins, on a ré-incité les mères à allaiter, et certains tendent aujourd’hui à leur faire regarder, voire emmener, le placenta. Depuis ces années-là aussi, dans tous les pays occidentaux, chaque fois qu’un enfant meurt, autour de sa naissance à l’hôpital, le père et la mère se voient encouragés à regarder et à toucher le corps du bébé. Plus généralement, une nouvelle théorie du deuil, fort décalée par rapport à la théorie freudienne, s’est diffusée comme une traînée de poudre : chacun se devrait de « faire son deuil », et un tel deuil serait « difficile », voire « impossible » sans confrontation avec un corps ou, à défaut, avec des « traces ». La littérature, le cinéma, la presse et même les catalogueurs de bibliothèque ont largement contribué à vulgariser et à marquer du sceau de l’évidence cette conception à la fois volontariste et matérialiste du deuil.