Débats en Chine sur la sécularisation : un état des lieux
Résumé
Dans l’histoire de la pensée moderne en
Chine, l’idée de sécularisation (世俗化 shisuhua) se manifeste de deux façons. C’est d’abord
une idée latente : la sécularisation n’est jamais
explicitée, le terme même n’apparaît nulle part,
mais l’idée constitue un postulat de fond pour
tous les intervenants du débat. En fait, la théorie classique de la sécularisation, selon laquelle
la religion est nécessairement en déclin du fait
des progrès de la modernité, est connue et acceptée comme telle par une partie de l’élite intellectuelle chinoise dès la fin du xIxe siècle.
Dans ce contexte, des concepts placés en opposition, tels que conservatisme et révolution,
science et superstition, tradition culturelle et liberté de la foi deviennent des notions de base
pour le discours moderne des Chinois. En fait,
les débats qui ont lieu en Chine dans la première
moitié du xxe siècle sur l’existence ou l’absence
des religions en Chine, ou pour départager la
science et la spiritualité (玄学 xuanxue), de
même que les discussions des années 1980 sur
l’humanisme, sur la nature religieuse du confucianisme ou sur la scientificité du Qigong et de
la médecine chinoise, laissent tous apparaître
une certaine compréhension de la sécularisation.